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Quand les parents se séparent : le deuil silencieux du projet familial

Quand on parle de séparation parentale, la plupart des gens pensent d’abord au couple. Qui part. Qui reste.Qui a décidé. Qui souffre le plus. Mais dans la réalité, la séparation parentale touche bien plus que la relation amoureuse. Elle vient souvent ébranler toute l’organisation familiale… et aussi les représentations que les parents avaient de leur famille. Parce qu’avant même que les enfants naissent, la plupart des parents ont imaginé quelque chose.


Une image.

une femme et son enfant seule

La maison familiale.Les soupers ensemble.Les vacances en famille.Les fêtes d’anniversaire dans la même cuisine. Parfois c’est très clair. Parfois c’est plus diffus. Mais ce projet existe presque toujours quelque part à l’intérieur. Et lorsque la séparation survient, ce n’est pas seulement la relation de couple qui change. C’est aussi ce projet-là qui se transforme.


Un deuil dont on parle peu

Plusieurs chercheurs en psychologie familiale observent que les parents vivent souvent une forme de deuil du projet familial imaginé, même lorsque la décision de se séparer est réfléchie ou même nécessaire pour le mieux-être de chacun.

Autrement dit, il est possible de savoir que la séparation est la bonne décision… et en même temps ressentir une perte. Ce paradoxe est fréquent. Au Cabinet RPDE, il arrive souvent que des parents nomment quelque chose comme ceci :

« Je ne regrette pas la séparation… mais ce n’est pas la famille que j’avais imaginée pour mes enfants. » Derrière cette phrase, il y a souvent beaucoup de douceur… mais aussi beaucoup de tristesse. Pas seulement pour la relation amoureuse. Pour l’image de la famille qui n’existera pas de la façon prévue.


Les pertes ne concernent pas seulement les personnes


La psychiatre Elisabeth Kubler-Ross, connue pour ses travaux sur le processus d’adaptation face aux pertes importantes, a montré que les êtres humains peuvent traverser des ajustements intérieurs non seulement lorsqu’ils perdent une personne, mais aussi lorsqu’ils perdent un rôle, une identité ou un projet de vie. Dans le contexte d’une séparation parentale, ces dimensions peuvent être multiples. Certains parents découvrent qu’ils ne seront plus un parent « à temps plein ». D’autres doivent apprivoiser la garde partagée et les semaines où la maison devient soudainement silencieuse. Certains vivent la difficulté de ne plus voir leurs enfants chaque matin. D’autres doivent apprivoiser l’idée que les fêtes, les vacances ou les événements scolaires se vivront désormais différemment. Ce sont des changements très concrets… mais aussi symboliques. Parce qu’ils viennent toucher l’image que l’on avait de soi comme parent.


Reconnaître les renoncements.


Dans l’approche de l’ANDC®, développée par Colette Portelance, la reconnaissance des renoncements fait partie du chemin relationnel avec soi-même. Nommer ce qui est perdu ne signifie pas rester coincé dans le passé. Au contraire. Reconnaître un renoncement permet souvent de se repositionner avec plus de lucidité et de présence. Dans la réalité quotidienne, cela peut ressembler à des prises de conscience simples mais importantes.


Par exemple :

Réaliser que la famille ne correspondra plus à l’image initiale… mais qu’elle peut prendre une autre forme. Accepter que certaines traditions changent. Découvrir que les enfants peuvent continuer à se sentir aimés même dans une organisation familiale différente. Ce sont des ajustements qui demandent souvent du temps. Et parfois beaucoup de douceur envers soi-même. Quand les parents pleurent aussi la famille imaginée


Dans l’accompagnement des pertes et des transitions de vie, il arrive fréquemment que les parents réalisent qu’ils ne pleurent pas seulement la relation de couple. Ils pleurent aussi la famille qu’ils espéraient offrir à leurs enfants. Cette prise de conscience peut parfois surprendre. Certaines personnes se disent même : « Je ne devrais pas ressentir ça… c’est moi qui ai pris la décision. » Mais reconnaître une perte ne remet pas en question les décisions prises.


On peut choisir une séparation parce qu’elle devient nécessaire… tout en ressentant de la tristesse pour ce qui ne sera plus possible de la même façon.

Ces deux réalités peuvent coexister. Traverser la transition avec plus de conscience La séparation parentale est souvent une période de grande réorganisation.


Logistique. Émotionnelle. Familiale.

homme qui pleure

Dans ce contexte, beaucoup de parents se concentrent sur les décisions pratiques : la garde, la maison, les horaires, les finances. Et c’est normal. Mais il arrive que l’espace pour reconnaître les renoncements intérieurs soit plus discret. Pourtant, lorsque cette dimension est accueillie avec douceur, plusieurs parents découvrent qu’il devient possible de traverser cette transition avec plus de conscience et de bienveillance envers eux-mêmes.


La famille ne disparaît pas. Elle change de forme. Et parfois, avec le temps, une nouvelle manière d’être parent et famille peut émerger — différente de celle imaginée au départ, mais tout aussi réelle dans l’amour et la présence.


Références
Kubler-Ross, E. (1969). On Death and Dying.Portelance, C. (2009). Relation d’aide et amour de soi.Amato, P. (2010). Research on Divorce: Continuing Trends and New Developments.

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